22.1.15
En mangeant, on s’empoisonne
Dans « Plaisirs cuisinés ou poisons caché », vous dressez un portrait assez terrifiant de la situation sanitaire en terme d’alimentation. J’ai lu qu’un occidental absorbe, en moyenne, 36 pesticides par jour ! Ma question est donc simple : est-ce que nous nous empoisonnons chaque jour en prenant nos repas ?
Gilles-Eric Seralini : La réponse est clairement oui. Un exemple très récent, à l’occasion d’un séminaire sur les arômes et les polluants que nous préparons pour la fin du mois de janvier avec Jérôme Douzelet, nous avons fait doser deux bouteilles de bon vin, d’une année et d’un cépage particulier. L’une issue d’une production en bio-dynamie, et l’autre issue d’une production conventionnelle. Il y avait cinq fongicides dans la conventionnelle et rien dans le vin bio. Ce n’est pas pour faire la publicité du vin biologique mais quand même, on a mesuré plus de 200 pesticides dans la conventionnelle. Et les fongicides étaient à une dose 8640 fois plus importantes que ce qui avait rendu nos rats malades avec le Roundup. S’il y a de quoi, effectivement, s’empoisonner par l’ensemble des polluants chimiques de l’air, de l’eau, c’est encore plus vrai avec les aliments. D’ailleurs, les études les plus récentes reconnaissent que les intoxications sont majoritairement d’origine alimentaire, sauf dans les zones où l’air est gravement pollué. Toutes les maladies chroniques qui empoisonnent nos familles progressent et on n’a jamais vu le hasard progresser comme ça, linéairement. Forcément il y a une cause environnementale. L’essentiel des cancers est dû à l’environnement. Si on prend par exemple le cancer du sein, ou le cancer de la prostate, 5% sont dûs à des causes génétiques connues, ou à aucune bactérie ou virus connus. Il reste 95% pour l’environnement.
Quand on met des pesticides dans un champ on les met volontairement dans l’alimentation et donc dans notre corps. Aujourd’hui il n’y a pas un tissu vivant qui n’en soit pas imbibé. Penser que ces produits sont inoffensifs, aux doses où ils sont utilisés, cela relève plus de la magie que de la science. Simplement parce qu’ils ont des effets combinés, des effets à long terme. La seule chose qui n’est pas bien comprise par le public et par le monde scientifique, c’est l’effet à long terme. Parce que dans la règlementation, il n’a pas été rendu obligatoire de faire les tests à long terme. Ce qui me révolte, c’est que nous sommes les seuls au monde à l’avoir fait sur un pesticide entier. Et ça fait 15 ans qu’on en mange. C’est honteux que ce soit une petite équipe caennaise qui ait du faire en réunissant par du crowfoundig des moyens exceptionnels par rapports à ce que donne l’Etat pour financer la recherche.
Comment remédier à cette situation ?
Gilles-Eric Seralini : Je suis un démocrate. Et je sais que la première façon d’y remédier c’est vous...
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